Les Chanteures du Comminges

Presse

Voix des cimes

Sud-Ouest - 30 Avril 2004

« Les peuples de montagne sont des peuples chanteurs. Des gens qui aiment partager ce qu'ils ont de meilleur chez eux : la vue, le goût, l'ouïe ». Pierre Hourcade, l'un des choristes de Laruntz, résume à sa façon l'ambiance qui règne chaque année en vallée d'Ossau dès que se profile le festival Montagnes en chansons.
La cinquième édition de cette rencontre dédiée à la voix et au palais (car les plaisirs de la table y tiennent aussi une place incontournable), aura lieu demain, 1er mai, au gymnase de Laruns. Toujours en respectant un même principe : faire découvrir aux Béarnais « une culture identitaire du chant de montagne, puisée dans le patrimoine local, national mais aussi international ».
Créé en 2000, le festival avait ainsi déjà eu l'occasion d'inviter, entre le pic de Ger et le pic d'Auzu, des ensembles venus aussi bien de Corse que de Bavière, de Hongrie et d'Italie. Gens vivant chacun à des altitudes diverses, mais toujours dans des pays pentus.
Cette année et il ne faut voir là aucun chauvinisme particulier , la fête du chant se recentre plus sur les Pyrénées. Elle invite en effet en Ossau le groupe des Chanteurs du Comminges, un chœur renommé dont les trente-cinq interprètes ont choisi de partir à la recherche d'airs oubliés, et de chansons transmises de bouche à oreille... Mélodies travaillées pour déboucher sur un chant très structuré, très différent de celui pratiqué en Béarn.
L'autre formation invitée viendra du Pays Basque et sera constituée par le groupe d'enfants Iguski Lore. Celui-ci rassemble cinquante jeunes ayant entre 11 et 15 ans, tous originaires de la vallée de Saint-Etienne de Baïgorry. Cet ensemble, qui a vu le jour en 1989 et a déjà signé trois CD, interprétera des chansons modernes et traditionnelles basques.

Communion

Deux cultures, deux sensibilités auxquelles répondront samedi prochain les voix solides et chaleureuses des Ossalois qui ont désormais échangé leur nom de Los de Laruns à la connotation jugée trop espagnole, en un définitif « Laruntz ».
Belle occasion pour le public de partager, ou de renouer, avec toute une philosophie locale. Car si des similitudes peuvent souvent être trouvées de part et d'autre des frontières (« L'occitan se parle aussi dans huit vallées italiennes », rappelle-t-on par exemple à Laruns), chaque région a aussi une manière bien à elle de vivre ses traditions.
« Prenez la Bigorre, expliquent les membres de Laruntz. Là-bas, c'est celui qui sait le mieux chanter, et qui a la plus belle voix, qui se mettra sur la table. Rien de tel en vallée d'Ossau, où l'esprit est plutôt à la communion. Chacun tenant sa place, avec son timbre de voix, au sein d'un ensemble ».
Ce qui n'empêche pas les talents de s'y distinguer. Tel celui exprimé par Jean-Claude Coudouy, l'animateur du groupe, pour manier les mots en poète ; mais aussi mettre en musique des traditions locales puisées dans un répertoire mêlant un fond ancestral de pastoralisme à des chansons plus récentes. Comme celle écrite dans les années 30 en hommage aux aviateurs Nungesser et Coli, disparus en tentant de traverser l'Atlantique... Hommage rendu au courage par des gens de montagne qui savent aussi apprécier ces choses-là.